Vous ne savez absolument pas qui je suis, ni ce que j'ai pu suivre ou non durant toutes ces années. Et je n'ai d'ailleurs nullement l'intention d'en dire davantage que ce qui figure dans ma présentation sur ce forum. Il serait peut-être temps d'arrêter de prendre systématiquement vos interlocuteurs de haut en leur expliquant qu'ils « ne connaissent pas l'histoire » dès lors qu'ils ne partagent pas vos conclusions.
J'ai très bien suivi les discussions entre la FSSPX et Rome sous Benoît XVI, les espoirs qu'elles ont suscités, puis la douleur causée par leur échec. Je sais aussi que la triste réunion d'Albano n'a pas exactement été une aimable réunion de famille et qu'un des assistants de Mgr Fellay en a perdu ses cheveux pour le reste de ses jours.
Mais précisément, nous ne sommes plus en 2012.
Le chapitre qui a porté l'équipe actuelle à la tête de la Fraternité s'est justement écartée de la ligne de Mgr Fellay. Toute personne un minimum sincère sait très bien que ce chapitre a été compliqué et qu'il a marqué une inflexion réelle.
Dès lors, citer aujourd'hui les déclarations de Mgr Fellay après Summorum Pontificum comme si elles exprimaient encore tranquillement la ligne actuelle de la FSSPX me paraît assez discutable. La preuve, c'est que les textes récents de la Fraternité relisent désormais Summorum Pontificum d'une manière beaucoup plus sévère.
L'abbé Pagliarani
disait ainsi en 2022 :
« La perspective de ce motu proprio, resté bancal, était fondée sur une erreur : deux formes du même rite [...] Telle était l’erreur de Benoît XVI, la limite de ce motu proprio : cela ne pouvait pas marcher. »
Il ajoutait encore : « Le choix n’est pas entre Summorum Pontificum et Traditionis custodes [...] Il faut sortir de cette perspective. »
Quant à Benoît XVI, il n'a pas seulement été remercié pour Summorum Pontificum. Il a aussi été très durement critiqué par la Fraternité, notamment pour son herméneutique de la continuité. Mgr Fellay
parlait même de lui comme d'un « moderniste-conservateur » et disait qu'il était « très profondément touché par le modernisme ».
Et La Porte Latine
écrivait après sa mort :
« L’histoire retiendra de son pontificat la tentative de concilier la doctrine de Vatican II avec la tradition de l’Eglise [...] Benoît XVI a pu assister [...] à l’échec de cette tentative. »
Même chose pour le cardinal Müller, que la Fraternité
a longtemps présenté comme l'homme exigeant la reconnaissance sans réserve de Vatican II :
« Le cardinal G. Müller veut que la FSSPX reconnaisse sans réserve tout le Concile Vatican II. »
Donc oui, je connais l'histoire. Et justement, elle est plus complexe que le petit résumé commode que vous en faites.
La FSSPX a certes accueilli favorablement Summorum Pontificum en 2007. Mais il faut aussi garder en tête le tort immense que l'affaire Williamson a ensuite causé à Benoît XVI. Et en retour on met fin aux discussions et on tape sur l'héritage d'un pape qui a mouillé sa chemise pour trouver une solution ?
Aujourd'hui la ligne actuelle de la Fraternité relit clairement cette période comme une impasse, fondée sur l'illusion qu'on pourrait faire cohabiter durablement la Tradition et l'Église conciliaire sans trancher la question doctrinale.
Par contre certains à la FSSPX
ont sabré le champagne après Traditionis Custodes, voyant dans ce texte funeste une validation de leur stratégie du chaos.
« Traditionis custodes [...] indique la date de péremption de Summorum pontificum de Benoît XVI, qui n’aura pas même fêté ses quinze ans. »
et encore :
« Tout, ou à peu près tout ce que contenait Summorum pontificum est dispersé, abandonné ou détruit. »
C'est exactement ce que je disais.