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Les "Nouveaux Prêtres" par Abbé Claude Barthe 2019-08-08 10:20:35 Imprimer Imprimer

Recteur de la cathédrale d'Auch, puis curé de Lectoure durant 7 ans, l'abbé David Cenzon est aujourd'hui nommé curé de Vic-Fezensac. On dit en plaisantant que le fort conciliaire archevêque d'Auch lui fait suivre un cursus d'humiliation au lieu d'un cursus honorum
Avant de quitter Lectoure, il a donné un entretien au bulletin du Lycée Saint-Jean.

Cahiers de Saint-Jean (Lycée catholique, Lectoure) – Entre le cléricalisme dénoncé par le Pape François, c'est à dire le prêtre « au-dessus », et sa disparition, le prêtre qui se fond dans la masse, ne cherchez-vous pas un équilibre ? J'associerai à cette question celle du port de la soutane, afin de vous permettre enfin de vous exprimer sur le sujet, au-delà des polémiques stériles : n'est-ce pas finalement une manière pour vous de dire ce qu'est le prêtre ? Un être à-part ?

L’abbé David Cenzon (curé de Lectoure, diocèse d'Auch) – Il est à part parce qu'il est mis à part. Vous avez raison d'évoquer cet équilibre à rechercher entre le prêtre mis sur un piédestal, et le prêtre qui ne serait « rien de plus ». Il y a tout de même quelque chose de plus : c'est cette ordination, le fait d'avoir été choisi. L'imposition des mains reçue le jour de l'ordination n'enlève pas le fait que j'aie été baptisé : avec vous je suis frère, pour vous je suis prêtre, pour reprendre la phrase de Saint Augustin, « pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien ». C'est aussi le « vous êtes dans le monde, mais vous n'êtes plus du monde » ; en tout cas, les prêtres, qui n'ont pas toujours été en soutane, ont néanmoins toujours eu un habit qui les distinguait, à la fois du laïc, et du religieux (qui a un habit spécifique à son ordre), pour montrer – et la couleur noire est symbolique à ce titre – qu'il a fait le deuil du monde ; ce qui n'est pas facile aujourd'hui. Parce qu'après tout, quand on est diocésain, on est dans le monde ; et parfois on voudrait bien être du monde. C'est une tentation. La soutane nous rappelle à ce que nous sommes. Certains, par moquerie, disent que c'est une « protection » ; dans le sens : « vous n'êtes pas assez forts pour... ». Après tout, il y a de cela. Suis-je assez fort humainement pour me fondre dans la masse, et être considéré comme un homme à qui l'on peut proposer « n'importe quoi » ? C'est une forme de protection, et une forme d'identité. Quand je revêts ma soutane, je suis un autre homme : l'ordination m'a fait un « autre Christ ». Et en le disant, je ne me la pète pas : c'est comme ça! Pour les personnes qui m'entourent, et au-delà des paroissiens, je ne suis plus simplement un homme, un compatriote, un citoyen, etc. , je suis aussi un prêtre, représentant, au milieu d'eux, le Christ ; par l'intermédiaire des Sacrements, Le communiquant. Dans la société d'aujourd'hui, si tous les prêtres en France remettaient la soutane, si toutes les religieuses mettaient l'habit, on serait certainement surpris de la visibilité de l'Eglise. Je ne dis pas cela pour le côté “pride” ou “identitaire” ; c'est, sans orgueil mais avec fierté, publier notre appartenance, sans se croire supérieur, mais pour se dire « au service de ». Si un gendarme ou un pompier met son uniforme, c'est pour dire : je suis actuellement en service, je suis au service de la société, etc. C'est la même chose pour le prêtre – si ce n'est que celui-ci est tout le temps de garde ! Par ce vêtement, on ne peut pas me dire : "ah, vous êtes à la mode !" On n'est pas tenté de rechercher d'être à la mode. On n'est pas tenté non plus d'être à ce point mal habillé qu'on ferait fuir les gens !

Cahiers de Saint-Jean – Je n'avais jamais pensé à cela! Ce doit être en effet difficile, pour un prêtre qui ne porte pas d'habit spécifique, de s'habiller ! Comment doit-il s'habiller ? A la mode, pas à la mode ? Forcément ringard ?

L’abbé David Cenzon – En effet ! Costume ou pas costume ? Cravate ou pas cravate ? Jogging ou pas jogging ? La vieille veste rapiécée parce qu'on veut faire pauvre ? Même si la soutane peut être parfois quelque peu rapiécée, elle reste un « uni-forme ».
Dans tous les sens du terme : il dit ce que je suis, il porte cette unité, ou cette uniformité, pourquoi pas! Voilà pourquoi j'ai choisi de la porter. Il y a en outre une dimension affective : j'ai en effet promis, au dernier prêtre qui la portait dans le diocèse, sur son lit de mort, de la revêtir, un peu comme s'il me transmettait un flambeau. Il me dit : “Tu verras combien tu en tireras des persécutions et de nombreuses consolations, car les gens viendront à toi.” Il avait raison.
Ce n'est pas pour rechercher les persécutions que j'ai fait ce choix, je ne suis pas maso. Mais si j'ai fait ce choix, ce n'est pas pour le garder secret. Si certains ne sont pas d'accord, que cela soit ainsi ! Et d'ailleurs, cela peut permettre des confrontations non dénuées de richesse, dans la mesure où elles permettent le dialogue. Dialogue qui n'existerait même pas si j'avais été au milieu d'eux sans qu'ils s'en aperçoivent. En civil, on ne m'aurait jamais posé les questions que l'on m'a posées.
C'est le même phénomène que les personnes engageant la conversation parce que chacune d'elles a un chien, et qui ne se seraient pas parlé si elles s'étaient croisées sans chien! L'habit suscite les conversations qui ne pourraient avoir lieu si j'étais incognito. La fameuse « périphérie » dont parle le pape François, comment voulez-vous l'atteindre si vous ne dites pas qui vous êtes ? Il est orgueilleux, ou utopique, de penser que les gens vont deviner qu'on est prêtre par la seule manière de se comporter. Je me sers tout simplement de l'habit comme d'un instrument d'évangélisation. Certains me disent parfois, étonnés : « vous la portez partout ? » Certes ! Je suis tout le temps de garde, comme je vous le disais, je ne peux pas être prêtre de 8 h à 12 h et de 14 h à 18 h ! Je suis tout le temps en service, même si parfois c'est pesant. Parfois j'aimerais qu'on ne m'ait pas vu; quand par exemple, après avoir croisé quelqu'un, j' entends, parce que j'ai des oreilles, quand même : « tiens, ça existe toujours », ou « allez, encore un pédophile ».

Le Petit Placide

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