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L’affaire Grassi embarrasse l’Église argentine par Jean Kinzler 2017-03-27 10:31:35 Imprimer Imprimer


L’affaire Grassi embarrasse l’Église argentine
La-Croix.com

Le cardinal Bergoglio est accusé de complaisance dans le cas d’un prêtre argentin lourdement condamné pour pédophilie.

L’affaire Julio Cesar Grassi a éclaté en 2002, quand deux jeunes hommes ont accusé d’abus ce prêtre argentin alors qu’ils étaient mineurs et vivaient sous sa tutelle dans la fondation qu’il dirigeait et qui accueillait plusieurs milliers d’enfants démunis dans la banlieue ouest de Buenos Aires.

Malgré ses protestations d’innocence, le P. Grassi a été condamné en 2009 à 15 ans de prison. Ses multiples recours ont tous été rejetés et, mardi dernier, la Cour suprême a définitivement validé sa condamnation. Il est incarcéré depuis septembre 2013.
Un pouvoir indestructible

« Grassi a donné à des milliers de jeunes l’occasion d’étudier, d’avoir un toit, de quoi manger, et, face aux abus, ses victimes – alors âgées de 15 ans – sentaient une énorme impuissance, sans savoir à qui s’adresser, submergées par la honte et la crainte, explique Miriam Lewin, la journaliste à l’origine de cette affaire. Son pouvoir semblait indestructible. » Le prêtre était en effet un personnage très exposé passant régulièrement à la télévision pour récolter des fonds pour sa fondation créée en 1993.

« Justice a été faite en condamnant un homme puissant et dangereux qui a bénéficié de l’aide des meilleurs avocats du pays », se félicite Juan Pablo Gallego, un des avocats des victimes, pour qui la décision finale de la cour « apporte un soulagement définitif aux victimes ».
Témoignages de victimes

Dans cette affaire, l’attitude du pape a été critiquée, autant quand il était à Buenos Aires qu’après son élection. François a reçu au Vatican plusieurs juges concernés, ce qui a été vu comme des pressions sur leur travail, même s’ils ont toujours affirmé que le cas Grassi n’a jamais été évoqué avec le pape. Ils se sont d’ailleurs tous prononcés en faveur de la condamnation du prêtre.

Les juges ont par ailleurs reçu trois volumes d’un dossier de 2 600 pages tendant à innocenter le P. Grassi. Presque exclusivement juridique, cette contre-enquête a été commandée par la Conférence épiscopale argentine, alors présidée par le cardinal Bergoglio, même si les évêques semblaient divisés sur son opportunité. Elle bat en brèche notamment les témoignages des victimes mais fait l’impasse sur certains points, comme la personnalité trouble du prêtre. Elle aurait ensuite été utilisée par les avocats du P. Grassi dans le cadre de la procédure argentine où c’est à l’accusé de faire la preuve de son innocence.
La mesure des souffrances

« Grassi n’a jamais été protégé par Bergoglio ni par la hiérarchie de l’Église », affirme, catégorique, le Frère Juan Ignacio Fuentes, mariste et spécialiste des questions d’abus sexuels pour l’enseignement catholique argentin pour qui « le P. Grassi a surtout été soutenu par certains secteurs de l’Église qui se sentaient attaqués ». Les déclarations successives du cardinal Bergoglio révèlent d’ailleurs un soutien de plus en plus mesuré au prêtre.

L’archevêque de Buenos Aires, de 1998 à 2013, a aussi été mis en cause pour ne pas avoir répondu aux demandes des victimes qui avaient souhaité le rencontrer en 2003, après qu’elles ont été menacées de mort. C’est plus tard, quand il sera confronté aux questions de traite d’êtres humains, qu’il prendra la mesure de leurs souffrances.
Un tabou

Dans le cadre d’un séminaire organisé jeudi 23 mars à Rome par la Commission pontificale pour la protection des mineurs, le Frère Fuentes décrivait plus largement l’état d’esprit des ecclésiastiques argentins au sortir des années de dictature pendant lesquelles les affaires de mœurs avaient d’ailleurs été utilisées par les militaires pour décrédibiliser des prêtres contestataires. « En Argentine, la question des abus sexuels, dans l’Église comme dans la société, n’est véritablement traitée que depuis 8 ou 10 ans, reconnaît-il. Culturellement, cela reste un tabou. Il ne faut pas oublier que les adultes ont grandi sous 30 ou 40 années de dictature : une véritable formation au silence ! Même si les choses ont évolué depuis 10 ans, il n’y a pas de culture de la transparence. »
« Beaucoup de mal à l’Eglise catholique »

Salésien, puis prêtre du diocèse de Monron, dans la banlieue de Buenos Aires, le P. Grassi n’a jamais dépendu directement du cardinal Bergoglio. Selon l’évêque de Monron, qui l’a longtemps défendu, le prêtre a été relevé de toute fonction pastorale dès le début de la procédure judiciaire contre lui et est interdit de tout exercice public du culte. Une enquête canonique a par ailleurs été lancée et le dossier serait, depuis décembre, à la Congrégation pour la doctrine de la foi qui doit désormais se prononcer sur son renvoi de l’état clérical.

« Grassi ne peut pas continuer à exercer en tant que prêtre, il a fait beaucoup de mal à l’Église catholique, insiste Me Juan Pablo Gallego. Il s’agit d’un message fort que le pape devrait donner à la société. »

Entretien Père Stéphane Joulain : « Les évêques doivent rendre des comptes sur leur lutte contre la pédophilie »

Éric Domergue (à Buenos Aires) et Nicolas Senèze (à Rome)



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